Eglises d'Asie

Prière pour la paix à Hong-Kong après six mois de contestations

Publié le 29/10/2019




Dimanche 27 octobre, de nouvelles violences ont opposé des groupes de manifestants aux forces de l’ordre, alors que le mouvement de contestation se poursuit depuis près de six mois. La veille, le 26 octobre, plusieurs centaines de catholiques hongkongais se sont rassemblés au Chater Garden pour prier le chapelet pour la paix, en présence de Mgr Joseph Ha Chi-Shing, évêque auxiliaire de Hong-Kong. La rencontre était organisée par la Commission diocésaine pour la Justice et la Paix, sur le thème « semer l’espérance ». De son côté, le cardinal John Tong, administrateur apostolique de Hong-Kong, a appelé le gouvernement à écouter « la voix du peuple et à appliquer la loi avec conscience ».

Le mouvement de protestation contre les autorités hongkongaises se poursuit toujours, depuis près de six mois, sans véritable issue en vue à l’heure actuelle. Les manifestations ont pris de l’ampleur dès celle du 9 juin, qui a rassemblé plus d’un million de personnes afin de protester contre l’amendement de la loi sur l’extradition voulu par le gouvernement hongkongais. Les protestations sont devenues un véritable mouvement d’opposition, exigeant des réformes démocratiques et demandant la fin des violences policières – en accusant la police d’instaurer un « État policier ». Le 27 octobre, comme de nombreux week-ends depuis début juin, près d’un millier de manifestants se sont rassemblés dans le district de Tsim Sha Tsui afin de critiquer l’usage « d’armes chimiques » par la police (en se référant au gaz lacrymogène et aux canons à eau). La manifestation de ce week-end était illégale faute d’autorisation. Plusieurs manifestants portaient également des masques, pourtant interdits depuis l’instauration de l’État d’urgence. Quand la police est intervenue pour demander aux manifestants de présenter leur identité, ceux-ci ont riposté par des cris et des jets de pierre. Des affrontements ont suivi contre la police, qui a répondu avec des tirs de canons à eau et de gaz lacrymogène. Les tensions se sont étendues à tout le quartier, entre Mody Road, Nathan Road, Mong Kok et Yau Ma Tei. La police s’en est également prise à des journalistes, deux d’entre eux ayant été blessés par des balles en caoutchouc ; d’autres ont reçu des jets de bombes répulsives, et d’autres ont été arrêtés et forcés de retirer les masques à gaz alors qu’ils portaient des badges de journalistes et des tenues officielles pour se faire reconnaître. Des groupes de manifestants radicaux ont mis le feu à une sortie de métro de la station de Mong Kok, qui a été fermée avec celle de Yau Ma Tei. Parmi les manifestants se trouvaient également quelques membres de minorités ethniques présentes à Hong-Kong, dont des Indiens, des Pakistanais, des Sri-lankais et des Occidentaux. Par endroits, certains tags et slogans ont fait le lien avec d’autres manifestations survenues ailleurs dans le monde : à Barcelone, au Chili, au Liban ou en Irak. Ainsi, certains expatriés se sont liés aux manifestants en leur donnant de l’eau ou en les soignant après avoir reçu des jets de gaz lacrymogène, avec un slogan : « Nous aussi, nous sommes des Hongkongais. »

Semer l’espérance et reconstruire la paix

La veille, le 26 octobre, plus d’un millier de catholiques hongkongais se sont rassemblés au Chater Garden pour prier le chapelet. La rencontre était organisée par la Commission diocésaine pour la Justice et la Paix, sur le thème « semer l’espérance ». Mgr Joseph Ha Chi-Shing, évêque auxiliaire de Hong-Kong, a souligné à cette occasion que « nous sommes tous des enfants de Dieu. Le respect mutuel est l’une des façons de reconstruire la paix ». Interrogé Sur RTHK (Radio Television Hong-Kong), Mgr Ha a ajouté que « Dieu peut nous aider à comprendre que nous sommes tous humains, et non pas des cafards ou des chiens », en se référant aux slogans et aux déclarations des groupes pro gouvernement, qui traitent souvent les manifestants de « cafards », tandis que les policiers sont souvent traités de « chiens ». L’évêque auxiliaire de Hong-Kong a expliqué que la rencontre du samedi 26 octobre n’a pas été organisée dans une église mais dans un lieu public, afin de montrer que l’Église catholique s’intéresse à la société. Il a également partagé ses regrets en voyant que désormais, la haine et la colère prédominaient à Hong-Kong. L’évêque a souligné que la violence ne pouvait qu’entraîner plus de violence, mais qu’elle ne pouvait jamais rendre justice. Mgr Ha a renouvelé son appel à instaurer une commission d’enquête indépendante, en demandant aux fidèles de prier le chapelet tous les jours à 22 heures pour cette intention. Il a également partagé sa conviction que Dieu pouvait ramener Hong-Kong vers la réconciliation et la paix, si toute la vérité était faite sur ces mois de troubles. Cheung, un catholique qui a participé à la rencontre de prière au Chater Garden, explique que les jeunes qui ont mené les manifestations « n’en peuvent plus parce que le gouvernement chinois ne les écoute jamais ». Il a pourtant confié son espérance que le principe dit « un État, deux systèmes » en vigueur à Hong-Kong puisse se maintenir, afin de permettre aux citoyens hongkongais de « jouir des libertés et du suffrage universel » promis par la Loi fondamentale de la région administrative spéciale. De son côté, le cardinal John Tong, administrateur apostolique de Hong-Kong, a appelé le gouvernement à écouter « la voix du peuple et à appliquer la loi avec conscience ». Dans un entretien avec la section anglophone de Vatican News, le cardinal s’est dit attristé par la situation sociale actuelle, ajoutant que les Hongkongais ne doivent pas perdre espoir, qu’ils doivent éviter la violence et entreprendre tout ce qu’ils peuvent pour reconstruire l’harmonie. Mgr Tong a souligné que tous les citoyens ont un rôle à jouer pour permettre le retour à la normalité, ajoutant que le gouvernement devait faire son devoir en écoutant les Hongkongais.

(Avec Ucanews et Asianews, Hong-Kong)


CRÉDITS

Studio Incendo