Eglises d'Asie

Protestations contre la réintroduction de la peine capitale au Sri Lanka

Publié le 03/07/2019




Le 29 juin à Colombo, devant les portes de Welikada, la plus grande prison sri-lankaise, de nombreux militants pour les droits de l’homme ont protesté contre la décision du président Sirisena de mettre fin à un moratoire sur la peine capitale et d’autoriser l’exécution de quatre personnes condamnées pour trafic de drogue. Les militants ont appelé le président Maithripala Sirisena à revenir sur sa décision, en tenant des pancartes avec des slogans comme « exécutez la justice, pas les hommes » ou « la peine de mort tue les gens et non les crimes ». Le 26 juin, le président sri-lankais a déclaré avoir signé les documents requis pour la réintroduction de la peine capitale dans le pays, ouvrant la voie aux premières exécutions au Sri Lanka depuis 1976.

Maithripala Sirisena a défendu sa décision en montrant du doigt la gravité du problème de la drogue dans le pays, qui compte aujourd’hui près de 300 000 toxicomanes. De son côté, l’avocat et militant Senaka Perera a des doutes sur les motivations du président derrière cette décision, estimant qu’il s’agit d’une tentative de renforcer son image en le présentant comme un leader fort avant les élections présidentielles, prévues fin 2019. « Nous condamnons fermement la décision du président. Derrière les murs de cette prison, il est écrit que ‘les prisonniers sont des hommes’, mais le président a décidé de les exécuter », dénonce Senaka Perera, président du Comité pour la protection des droits des prisonniers (CPRP). « Nous demandons au président de réhabiliter les prisonniers. Les exécutions sont tolérées à l’international pour des cas extrêmes, mais le président a décidé d’exécuter ces personnes pour servir son image et ses ambitions politiques. S’il ne revient pas sur sa décision, nous organiserons une grande manifestation et nous porterons ce problème à l’attention de la communauté internationale. » Le président doit aussi faire face à des contestations judiciaires qui peuvent l’empêcher de mettre fin au moratoire, avec une pétition déposée auprès de la cour d’appel afin de tenter d’annuler la décision en la déclarant contraire aux droits de l’homme. Lors de l’examen de la pétition à la cour pénale, le 28 juin, les autorités pénitentiaires sri-lankaises ont déclaré que les pendaisons n’auraient pas lieu avant une période d’au moins sept jours. Maithripala Sirisena a annoncé qu’elles auront lieu « très bientôt », mais aucune date n’a encore été donnée. En février, il y avait 48 prisonniers dans les couloirs de la mort dans le pays. Depuis, deux bourreaux ont été recrutés parmi plus d’une centaine de postulants, selon les autorités pénitentiaires. Amnesty International et de nombreuses autres ONG ont dénoncé les tentatives d’imposer le retour de la peine capitale, en rappelant que 106 pays l’ont déjà abolie dans le monde. Athula Samarakoon, professeur de sciences sociales de l’Open University du Sri Lanka, estime que cette décision est non seulement une menace envers la démocratie, mais qu’elle ne permettra pas de dissuader les trafiquants. « Appliquer la peine capitale ne réduira pas le taux de criminalité », assure-t-il. « Donnez aux gens une chance de se repentir. La peine de mort n’a plus eu lieu au Sri Lanka depuis plus de 43 ans, et pour une société civilisée et un pays démocratique, ce n’est pas une bonne chose de la réintroduire. »

(Avec Ucanews, Colombo)


CRÉDITS

Niranjani Roland