Eglises d'Asie

Rajshahi : une banque de riz développée durant la pandémie aide les villageoises face à la crise alimentaire

Publié le 24/05/2022




Depuis le confinement national imposé au Bangladesh durant la crise sanitaire, le village de Kawapara, dans le district de Naogaon dans le nord du pays, a rejoint la banque alimentaire Musti Chal (« poignée de riz »). Le groupe compte quelques dizaines de membres qui mettent en commun des stocks de riz économisés en vue de les revendre et d’aider les femmes du village de devenir autosuffisantes économiquement. Caritas Bangladesh a été la première organisation à lancer des banques de riz dans les années 1980, dont les revenus étaient investis dans des projets de microcrédit.

Des femmes bangladaises patientant devant un point d’aide alimentaire.

Sumati Hasdak a l’habitude de mettre de côté une « poignée de riz » ou « Musti Chal », chaque fois qu’elle cuisine, trois fois par jour. La jeune femme de l’ethnie Santal, catholique et âgée de 34 ans, vit dans le district de Naogaon, dans le nord du Bangladesh. Elle sait que cette économie est son seul moyen de devenir autonome et d’assurer l’avenir de ses trois enfants. Sumati fait partie d’un groupe de près de 5 000 femmes, majoritairement d’origines indigènes, qui visent l’autosuffisance grâce à une banque alimentaire unique lancée en mars 2020, justement appelée Musti Chal.

Elle et son mari sont des travailleurs journaliers, et comme beaucoup d’autres, ils s’étaient résignés à leur sort – dormir le ventre vide – face à la grave crise alimentaire causée par les fermetures imposées durant la pandémie. Ce n’est qu’en rejoignant la première banque alimentaire ouverte dans son village natal de Kawapara (peu après l’instauration du confinement national durant la crise sanitaire), qu’ils ont pu s’en sortir.

L’initiative a été lancée grâce au soutien de plusieurs organisations nationales et internationales, en demandant à toutes les femmes défavorisées, dans la mesure du possible, de mettre de côté une petite portion de riz par jour. Aujourd’hui, cette pratique appelée « Musti Chal » soutient plusieurs milliers de femmes dans 90 villages, dans les sous-districts de Sahapar et de Niamatpur (district de Naogaon).

Une fois qu’elles ont accumulé suffisamment de riz, les femmes participant à l’opération peuvent le vendre et investir l’argent récolté dans des activités rémunératrices comme l’achat de bétail, la pisciculture ou des petits commerces. « Nous avons aussi donné de la nourriture de la banque alimentaire à des gens qui n’ont pas suffisamment à manger chez eux », précise également Sumati. « L’objectif principal de notre initiative est de donner de quoi manger aux plus pauvres, et nous l’avons très bien fait durant la pandémie. »

« Nous voulons continuer de nous développer »

Ainsi, tout le village a pu être épargné par la faim, alors que tous ceux qui ont bénéficié de la banque alimentaire ont fait en sorte de réapprovisionner son stock de riz, pour que tout le monde puisse en profiter face à cette période de crise. Au sein du village, le groupe compte 50 femmes qui sont membres de la banque alimentaire et qui n’ont plus besoin d’emprunter du riz. Pourtant, celles-ci continuent de mettre une poignée de côté chaque jour, pour le mettre en commun et le vendre à un bon prix au marché. L’argent est ensuite utilisé pour les aider à devenir autonomes économiquement. « Nous voulons continuer de nous développer grâce à la banque alimentaire, sans être écrasées par la dette en devant emprunter auprès d’autres institutions financières imposant des taux d’intérêt élevés. »

D’autres groupes similaires existent comme celui créé par Malati Murmu, qui a pu économiser près de 26 268 takas (280 euros) et qui prévoit d’acheter des vaches. Ces femmes ont appris à gérer des banques alimentaires auprès de l’association BDO (Borendro Development Organization), et elles ont reçu des aides financières de la Fondation Manusher Jonno (« Fondation pour le Peuple »), qui s’occupe du développement des communautés indigènes de la région. Mohammad Anwar Hossain, chef de projet pour BDO, explique qu’ils ont lancé cette initiative depuis 2015, mais qu’elle a vraiment porté ses fruits durant la période de confinement.

« Nous les avons formées et nous continuons d’échanger avec elles »

« Nous les avons formées et nous continuons d’échanger avec elles sur les possibilités leur permettant de devenir autosuffisantes, grâce à des revenus réguliers. » BDO prévoit de développer le réseau de banques alimentaires à d’autres villages également. Selon l’organisation, il faut seulement un groupe de 20 à 30 femmes pour lancer une nouvelle banque alimentaire. Les portions de riz sont mises de côté à tous les repas, le riz est stocké dans des pots, et le stock est mis en commun à la fin de la semaine. Le groupe de femmes est alors en mesure de le revendre et d’investir l’argent obtenu.

L’émancipation économique aide également les villageoises à gagner en confiance. Leur parole est désormais plus écoutée dans les villages, alors qu’autrefois, elles craignaient souvent de parler ouvertement, selon les responsables de la banque alimentaire de Kawapara. Caritas Bangladesh a été la première organisation a lancer des banques de riz dans les années 1980. Ces banques ont été appelées « Rakshagola » (« stock de riz ») et les revenus étaient utilisés pour des projets de microcrédit. « Nous avons géré ce programme durant des années », explique Sukleash George Costa, directeur régional de Caritas pour Rajshahi. Il ajoute qu’il encourage le nouveau projet de banque alimentaire. « J’espère que cela les aidera à devenir autosuffisantes. »

(Avec Ucanews)