Eglises d'Asie

Regard sur le monde caché des madrasas

Publié le 14/12/2018




Près de six millions d’élèves sont inscrits dans les écoles coraniques bangladaises, ou madrasas. Le pays compte 6 500 madrasas privées (« Quomi ») et 7 000 madrasas publiques (« Alia »). Les écoles coraniques publiques, soutenues et financées par le gouvernement, proposent un enseignement de qualité. En revanche, les madrasas privées, bien qu’elles accueillent les orphelins et les enfants des familles démunies, proposent un enseignement bancal qui risque de rendre les élèves influençables face à l’influence du radicalisme islamiste.

Au Bangladesh, les Madrasas (écoles coraniques) pour filles sont une « réalité cachée, hors d’atteinte » qui grandit mais dont on parle peu, selon une source chrétienne locale. « Il existe des écoles coraniques où l’islam est pratiquement appris par cœur », explique cette source. « L’arabe y est également enseigné, même si les enseignants ne parlent pas couramment la langue. Au fond, ce qu’il s’y passe est une sorte de d’idéalisation du Coran, qui est mémorisé par les élèves sans véritable interprétation ni exégèse. » Dans le pays, traditionnellement, les filles étudient à domicile. Ces dernières années, les madrasas comptaient près de six millions d’élèves, confie un journaliste du quotidien britannique The Guardian. Ce qui pousse les familles à choisir ce type d’éducation, c’est que « ce sont des écoles gratuites qui sont reconnues par le gouvernement », explique un marchand de Dhaka, la capitale. « C’est sûr, la qualité de l’enseignement n’est pas la même, mais ces écoles sont la meilleure solution pour les familles démunies, qui autrement, ne pourrait pas scolariser leurs enfants. »

Le pays compte deux types de madrasas : les madrasas privées appelées « Quomi » et les madrasas « Alia », publiques. On compte près de 6 500 madrasas Quomi au Bangladesh, pour environ 1,5 million d’élèves. En comparaison, il y a environ 7 000 madrasas Alia, qui suivent un programme commun qui comprend l’anglais, le bangali, les sciences et les mathématiques. Près de 30 % des enseignants des universités bangladaises viennent des madrasas Alia, dont la majorité des diplômés poursuivent des études supérieures. « La principale différence entre les deux est que les écoles Quomi sont financées par des fonds privés, alors que les écoles Alia sont certifiées et supervisées », explique la source. « Le programme suivi par les premières s’écarte des normes fixées par le gouvernement, alors que dans les écoles Alia, la religion est certes enseignée mais elles proposent une éducation solide qui permet aux élèves de poursuivre leurs études. » De plus, « dans un pays qui compte 160 millions d’habitants, 1,5 million de filles qui étudient dans des madrasas Quomi, c’est un petit nombre. On peut relativiser en soulignant que ces écoles accueillent des orphelins qui n’ont pas de proches pour s’occuper d’eux. »

Risque de radicalisation

Toutefois, dans le cas des madrasas, que ce soit pour les garçons ou pour les filles, « il faut regarder la façon dont le Coran y est enseigné. Le texte sacré est mémorisé sans être compris. Cela soulève un problème éducatif, c’est-à-dire qu’un simple apprentissage par cœur du Coran peut conduire à son idéalisation sans qu’il soit compris. » Après une telle éducation, « les jeunes pensent connaître le Coran et l’arabe, alors que ce n’est que du par cœur sans véritable compréhension théologique. » Le problème est que « les interprétations des textes qui en découleront risquent d’être influencées par le contexte, par les rencontres, par de dangereux ressentiments liés à la marginalisation sociale et par la présomption de bien connaître leur religion. Le danger qui découle de ce type d’éducation est qu’il n’empêche pas une éventuelle radicalisation, sous l’influence du wahhabisme contre les anciennes traditions soufies de l’islam bangladais. » En fin de compte, les femmes qui viennent des madrasas « ont tendance à être obéissantes et soumises à leurs maris », remarque la source. « Dun point de vue religieux, en général, elles sont inflexibles et conservatrices dans leur façon de vivre leurs convictions. »

(Avec Asianews)


CRÉDITS

Rebecca Conway / IRIN