Eglises d'Asie

Selon l’ONU, les Rohingyas ne peuvent pas encore rentrer en Birmanie

Publié le 30/01/2019




Yanghee Lee, psychologue sud-coréenne et rapporteur spécial de l’ONU, s’est rendue au Bangladesh et en Thaïlande du 14 au 25 janvier afin de contrôler la situation des droits de l’homme en Birmanie. Interdite d’entrée dans le pays depuis septembre 2017, au début de la crise des Rohingyas, elle affirme que la minorité continue d’être exposée aux violences dans le pays. Elle demande notamment au gouvernement bangladais de se montrer prudent dans les opérations de relogement des réfugiés, afin d’éviter toute nouvelle crise.

Pour Yanghee Lee, psychologue sud-coréenne et rapporteur spécial de l’ONU sur la Birmanie, le pays ne fait rien pour créer des conditions favorables au retour des réfugiés Rohingyas, alors qu’une campagne de « violence, d’intimidation et de harcèlement » contre la minorité se poursuit dans le pays. Yanghee Lee, qui est interdite d’entrée en Birmanie par le gouvernement depuis septembre 2017, s’est rendue en Thaïlande et au Bangladesh du 14 au 25 janvier afin de contrôler la situation des droits de l’homme en Birmanie. Selon Yanghee Lee, une campagne de violence se poursuit contre les Rohingyas, et les forces de l’ordre continuent de s’en prendre aux quelques-uns qui sont restés dans le pays, les forçant à fuir peu à peu au Bangladesh. Yanghee Lee a pu échanger avec quelques-uns des réfugiés. Elle a ainsi parlé à une femme qui est arrivée à Cox’s Bazar, au Bangladesh, il y a seulement quelques jours après que son père a été poignardé à mort par les forces de l’ordre birmanes. « Un homme que j’ai rencontré m’a dit qu’il a fui avec toute sa famille peu après l’enlèvement et le viol de sa mère et de sa sœur », a-t-elle expliqué le 25 janvier à la fin de sa visite au Bangladesh.

Selon les informations rassemblées par son équipe, des maisons Rohingyas ont été incendiées par l’armée birmane aux côtés des extrémistes de l’État d’Arakan (Rakhine). « Il est clair que les réfugiés au Bangladesh ne peuvent pas retourner en Birmanie dans un avenir proche », a-t-elle ajouté. Elle présentera ses conclusions et ses recommandations en mars lors de la 40e session de la Commission des droits de l’homme de l’ONU. Plus de 700 000 Rohingyas ont fui suite à la répression qui a éclaté en août 2017, en représailles aux attaques de groupes militants Rohingyas. En novembre 2018, les deux pays ont accepté de renvoyer un premier groupe de plus de 2 000 réfugiés en Birmanie, mais l’opération a été reportée suite au refus des réfugiés, par peur pour leur sécurité. Un Rohingya de Maungdaw, dans le nord de l’État d’Arakan, confie que la difficulté de la survie au quotidien et le manque de liberté de mouvement poussent les gens à fuir. « Les réfugiés ne repartiront pas si leur demande de citoyenneté n’est pas accordée par les autorités », explique-t-il.

Éviter tout relogement précipité

Hla Tun Kyaw, un Arakanais du district de Maungdaw et membre du Parti national de l’Arakan, affirme que les conclusions de Yanghee Lee contredisent la situation sur le terrain dans le nord de l’Arakan, où il assure que les gens ne fuient pas. Yanghee a visité l’île de Bhashan Char le 24 janvier, où elle a appelé le Bangladesh à faire preuve de prudence et de patience avant de procéder à tout plan de relogement des réfugiés. « Il faut éviter toute précipitation pour le rapatriement des réfugiés, comme avant le début de la saison de la mousson, qui est une des possibilités qui m’ont été présentées », a-t-elle demandé. « Il faut absolument faire en sorte que toute mesure de rapatriement permette vraiment de défendre leurs droits et non de provoquer une nouvelle crise. » Elle a conseillé au gouvernement bangladais de lancer des études de faisabilité, y compris une évaluation de la sécurité, avant toute opération. Bhasan Char est une île inondable située dans le district de Noakhali dans le sud-est du Bangladesh, dans la baie du Bengale. Elle s’est formée il y a vingt ans par des dépôts de sédiments de la Meghna, mais l’île est régulièrement inondée et exposée aux typhons durant la saison de la mousson, entre juin et septembre. Le gouvernement a lancé le premier plan de relogement des réfugiés sur l’île en 2015. Malgré les critiques des ONG et des organisations de défense des droits de l’homme, le gouvernement aurait investi près de 280 millions de dollars afin d’aménager l’île pour la rendre habitable. James Gomes, directeur régional de la Caritas de Chittagong, qui couvre les camps de Cox’s Bazar, confie : « Je pense que le gouvernement a pris les avis des représentants de l’ONU au sérieux en évitant de se précipiter et en repensant son plan de relogement. Les organisations humanitaires coopéreront avec le gouvernement et travailleront aux côtés des réfugiés. » Muhammad Rezvan, 25 ans, un réfugié Rohingya du camp de Kutupalong, témoigne : « Nous remercions le Bangladesh de nous avoir offert l’hospitalité, et nous irons à Bhasan Char s’il le faut. Mais nous demandons que nos chefs puissent se rendre sur place avant que nous y soyons relogés, afin de vérifier que nous ne risquons pas d’être exposés à de nouveaux risques une fois sur place. »

(Avec Ucanews)


CRÉDITS

Violaine Martin / UN Geneva