Eglises d'Asie

Sœur Eudoxie et le centre de Ban Mai pour enfants handicapés : évangéliser par l’action caritative

Publié le 30/11/2019




Cinq ans après son arrivée à Bangkok comme missionnaire xavérienne, après avoir été envoyée par sa communauté depuis la RDC, son pays natal, sœur Eudoxie Colette Ngongo Banunu se confie sur sa mission en Thaïlande, auprès des pauvres et des marginalisés. Sœur Eudoxie, responsable du centre de Ban Mai (House of Angels) pour les enfants handicapés, évoque les enjeux de l’annonce de l’Évangile dans un pays majoritairement bouddhiste et une culture marquée par les traditions bouddhistes. La religieuse assure que la visite du pape a porté beaucoup de fruits et une ferveur renouvelée, alors que le pays fêté les 350 ans de la mission au Siam.

Sœur Eudoxie Colette Ngongo Banunu travaille auprès des plus pauvres et des marginalisés en Thaïlande, à près de neuf mille kilomètres de son pays natal, la République démocratique du Congo (RDC). Sœur Eudoxie, 42 ans, est arrivée à Bangkok il y a cinq ans. Elle est originaire de Kasongo, une ville de 65 000 habitants dans la province de Maniema, en RDC, où la population est majoritairement musulmane. Après avoir passé son enfance dans une mission xavérienne en RDC, sœur Eudoxie a découvert la foi et a finalement choisi la vie religieuse. « Je ne m’attendais pas à être envoyée en Thaïlande, où la langue est compliquée à apprendre ; et j’avais déjà 36 ans », explique-t-elle. Après avoir prononcé ses vœux perpétuels le 24 mai 2014 au sein de la congrégation des Missionnaires de Marie (missionnaires xavériennes), elle est partie pour la Thaïlande en novembre 2014, où les religieuses xavériennes sont présentes depuis l’an 2000. Elles y sont implantées dans deux communautés, au village de Ban Mai, dans le district de Pak Kret (en périphérie de Bangkok), ainsi qu’à Sanian, parmi les communautés indigènes, dans le nord du pays (près de la frontière laotienne). Sœur Eudoxie a été envoyée dans la communauté de Ban Mai : « J’ai consacré les deux premières années à étudier la langue thaïe, une tâche difficile mais pas impossible. C’était une période intense, mais aussi accompagnée de beaucoup de joie, à la découverte du pays et de la population locale. »

« Il n’y a pas de barrières à notre travail missionnaire »

Durant le voyage du pape en Thaïlande, elle a suivi la visite du Saint-Père aux côtés des enfants handicapées du centre House of Angels (Maison des Anges) de Pak Kret. Sœur Eudoxie, responsable du centre, explique que le but de ce foyer est d’évangéliser à travers l’action caritative, alors que le handicap est souvent vu comme une honte en Thaïlande, et la conversion comme une trahison. Mais la religieuse ajoute qu’à son arrivée à Bangkok, elle a découvert un pays ouvert à toutes les religions qui parlent de bonté, de paix et d’harmonie. « Il n’y a pas de barrières à notre travail missionnaire, tant qu’il ne touche pas à la politique et qu’il ne dépasse pas les concessions accordées par le gouvernement. Nous remercions le Seigneur pour cela », explique-t-elle. « Le charisme des sœurs xavériennes est d’annoncer la Bonne Nouvelle à ceux qui ne connaissent pas encore Jésus ; toutes nos activités sont entreprises dans ce but. Chaque rencontre offre l’opportunité de parler du Seigneur et de notre foi chrétienne. »

Sœur Eudoxie a pris en charge le centre de Pak Trek en 2017. Ce dernier a été fondé en 2008 par sœur Maria Angela Bertelli, une missionnaire xavérienne arrivée en Thaïlande en 2000 pour travailler auprès des habitants des bidonvilles de Bangkok. Le centre accueille des enfants atteints de handicaps lourds, et permet aux parents de jouer un rôle dans le traitement, tout en offrant un soutien éducatif et une assistance médicale. « Dans ce pays, le handicap est considéré comme une punition causée par la faute des parents, ou par des actes commis dans une vie antérieure. Cela conduit à la discrimination et au mépris », ajoute-t-elle. « Tous sont accueillis au centre quelle que soit leur religion, il n’y a pas de prosélytisme. Mais le fait d’avoir vécu avec nous pendant plusieurs années a conduit à beaucoup de demandes de baptême. Les rencontres suscitent les échanges, au cours desquels les personnes accueillies découvrent le Dieu miséricordieux dont nous parlons. »

La religieuse assure que leur travail et leur engagement au centre de Ban Mai ou dans les bidonvilles ne laissent personne indifférent dans un pays comme la Thaïlande. « Certains sont admiratifs, et nous demandent les raisons qui nous poussent à nous intéresser à ceux qui vivent dans des situations de grande détresse. D’autres interprètent notre action dans une perspective bouddhiste. Ils disent par exemple : ‘Si elles s’occupent de ces enfants, c’est peut-être parce qu’elles ont un très mauvais karma et qu’elles doivent payer à cause de cela !’ Dans la tradition thaïe, les actes gratuits et miséricordieux n’existent pas ; il s’agit plutôt de bien faire pour recevoir en retour. On obtient le mérite en aidant l’autre. » La religieuse évoque la difficulté de parler du Christ en Thaïlande : « La difficulté, c’est de comprendre quelqu’un qui offre sa vie pour les autres comme Jésus l’a fait, pour nous sauver. Ceci est inconcevable pour les bouddhistes, pour qui chacun est appelé à se sauver, en faisant des offrandes et en en obtenant le mérite par soi-même. »

350 ans de christianisme en Thaïlande

Selon la religieuse xavérienne, « nous vivons dans une société où la culture et la tradition bouddhistes ne nous aident pas toujours à vivre notre foi ». « Être chrétien ici demande beaucoup d’efforts. La conversion est souvent vue comme une trahison, et mène à l’exclusion de beaucoup de rituels et de cérémonies qui marquent la vie quotidienne thaïlandaise », ajoute-t-elle. Pourtant, poursuit-elle, les chrétiens thaïlandais continuent d’avancer, dans les traces de ceux qui ont transmis leur foi dans le pays depuis 350 ans : « Si l’Église catholique est encore présente dans le pays, c’est grâce à ceux qui ont résisté avec courage. » Sœur Eudoxie confie qu’à l’approche du voyage du pape, depuis début novembre, on sentait « une ferveur renouvelée parmi les chrétiens ». « C’est comme si la communauté chrétienne de Bangkok était revenue aux premières années de l’Église, quand une communauté se préparait à la visite de Pierre ou Paul », poursuit-elle. « Les catholiques thaïlandais veulent pouvoir sortir de l’ombre, s’affirmer et parler de leur foi. Avec toute l’Église universelle, le pape François a apporté un vent fraternel. »

(Avec Asianews, Bangkok)


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