Eglises d'Asie

Un début de campagne électorale marqué par la violence

Publié le 18/12/2018




À l’approche d’un scrutin législatif qui se tiendra au Bangladesh le 30 décembre, la campagne électorale débute dans la violence. Le 11 décembre, des affrontements entre partisans du parti au pouvoir et de l’opposition ont fait notamment un mort et une centaine de blessés. Dans ce contexte de tensions, le parti au pouvoir de la Ligue Awami multiplie, depuis plusieurs semaines, les arrestations des militants de l’opposition. L’organisation Human Rights Watch (HRW) alerte sur le durcissement de cette répression. Dans un communiqué publié à New York le 14 décembre, l’organisation accuse le gouvernement « d’intimider, de procéder à des arrestations et de menacer la liberté d’expression, dans l’anticipation des élections du 30 décembre 2018 ».

Le Bangladesh, l’une des nations musulmanes les plus peuplées au monde, n’est pas étranger aux violences à l’occasion de l’approche des élections législatives. Depuis deux décennies, ces affrontements opposent deux partis, deux femmes et deux idéologies : d’un côté, la ligue Awami au pouvoir, sous l’autorité de la Première ministre Sheikh Hassina et, de l’autre,  le BNP (Parti nationaliste du Bangladesh) incarné par Khaleda Zia, ancienne chef de gouvernement et actuellement en prison pour corruption. La politique de confrontation et les rivalités ressurgissent ainsi à l’approche du scrutin prévu le 30 décembre prochain, durant lequel le Bangladesh convoquera ses 104 millions de votants aux urnes pour renouveler le Parlement. Le mardi 11 décembre, des affrontements entre les deux camps rivaux ont fait une centaine de blessés et un mort à travers sept villes du pays. Les foules ont notamment eu recours aux coups de bâtons et aux jets de pierre. Les experts craignent de nouvelles manifestations violentes dans le cadre de la campagne et de la future publication des résultats électoraux.

Lors du précédent scrutin de 2014, le BNP avait boycotté les élections, dénonçant un manque de transparence du scrutin. Cette fois-ci, le parti entend contester la suprématie de la Ligue Awami. Les tensions qui en résultent sont accentuées par le durcissement d’une répression entretenue par la Ligue Awami. Ces dernières semaines, des centaines de militants de l’opposition ont ainsi été envoyés en prison, alors que le BNP n’a toujours pas désigné son candidat au poste de Premier ministre, son chef historique Khaleda Zia purgeant une peine de prison de cinq ans. Malgré quelques avancées économiques au cours de ces dernières années et la tradition historique d’un islam modéré au Bangladesh, le climat politique et social du pays est tendu. En quatre ans, des dizaines de personnalités ont été assassinées par des groupes islamistes ; intellectuels, blogueurs et membres de minorités ont été visés en particulier. Les atrocités ont atteint leur apogée le 1er juillet 2016, quand une attaque dans un café-restaurant (la Holey Artisan Bakery) de Dhaka a fait 22 victimes, dont 18 étrangers. Cette attaque a été revendiquée par l’Etat islamique, bien que les autorités nient toute présence d’un réseau terroriste international sur le territoire et imputent l’attaque au groupe armé local Jamaat-ul-Mujahideen (JMB). Le procès de huit islamistes présumés, jugés pour leur participation à l’attaque du café-restaurant de Dhaka, a également débuté ce lundi au Bangladesh.

La répression s’intensifie depuis septembre

Depuis l’attaque de la Holey Artisan Backery, la lutte anti-terroriste a été au cœur de l’action gouvernementale. Sous couvert de cette lutte, les autorités se sont lancées dans une forte répression. Les organisations de défense des droits de l’homme les accusent de couvrir des détentions arbitraires et des assassinats sommaires. Sont visées en particulier les forces paramilitaires du RAB (Rapid Action Battalion), impliquées dans de nombreux cas de disparitions et d’assassinats extrajudiciaires. Odhikar, une organisation de défense des droits de l’homme basée à Dhaka, a documenté 86 cas de disparitions forcées en 2017. En novembre dernier, 71 nouveaux cas étaient référencés pour l’année 2018. Dans son communiqué publié à New York le 14 décembre, l’organisation  Human Rights Watch (HRW) alerte sur climat d’iniquité qui accompagne désormais la campagne électorale. D’après HRW, « les institutions, incluant les instances judiciaires et la commission électorale nationale ne semblent pas pleinement préparés pour résoudre avec indépendance et équité les disputes qui accompagnent la campagne et les élections ».  La Commission électorale nationale est ainsi accusée de favoriser le parti au pouvoir, bien qu’elle ait renouvelé son engagement à « faire respecter par tous le code de conduite électorale ». Mais elle a, par exemple, disqualifié trois candidats de la Ligue Awami, contre 141 au sein du BNP. « Depuis 2013, la Commission électorale peine à maintenir sa crédibilité », a estimé un rapport britannique du Department for International Development (DFID).

Brad Adams, le directeur de HRW en Asie, accuse la Ligue  Awami de « réprimer systématiquement les voies indépendantes et celles de l’opposition pour faire en sorte que le parti au pouvoir ne rencontre aucun obstacle en vue d’un contrôle politique total ». D’après le BNP, plus de 300 000 plaintes auraient été enregistrées contre ses militants et ceux de ses partis alliés, et des centaines d’autres auraient été arrêtés. Le parti du Jamaat-e-Islami, interdit de se présenter aux élections, comptabilise quant à lui 1 858 arrestations de militants dans ses rangs. Selon HRW, la répression qui s’est intensifiée depuis le mois de septembre vise non seulement l’opposition mais aussi les médias, soumis à des lois limitant leur liberté d’expression. Le 9 octobre dernier, le gouvernement a en effet annoncé la formation d’une cellule spéciale en charge de lutter contre les « rumeurs » diffusées sur les réseaux sociaux. Cette initiative s’ajoute à de nombreuses autres nouvelles agences en charge de censurer les médias et les communications sur la toile. « La Ligue Awami, arrivée au pouvoir il y a cinq ans sans la présence d’une opposition, a depuis tourné en dérision les droits démocratiques », estime M. Brad Adams. « Les gouvernements soucieux du futur du Bangladesh se doivent de dénoncer les abus commis, dans le cadre du scrutin prochain qui ne garantira pas les droits des votants»

(EDA / Vanessa Dougnac)


CRÉDITS

Stephan Uttom / Ucanews