Eglises d'Asie

Un séminaire sur la sinisation de l’Église chinoise divise les prêtres de la province de Shandong

Publié le 01/08/2020




L’Association patriotique des catholiques chinois de la province de Shandong a organisé un séminaire en soutien à la sinisation des religions, sur le thème de « la théologie catholique enseignée dans une nouvelle ère ». L’événement divise les prêtres et la communauté catholique locale. Le père Peter estime qu’il serait « absurde d’accepter l’autorité d’un parti athée ». « Les chrétiens peuvent accepter la peinture, l’architecture et la littérature chinoises comme des expressions de foi », souligne-t-il, en ajoutant que le fait d’appeler à intégrer la foi catholique dans la culture et la tradition chinoise n’est qu’une façon de renforcer la soumission de l’Église au Parti.

La tête d’une statue mariale repose parmi les ruines de l’église catholique de Qianwang, dans la province de Shandong, après sa démolition en 2018.

Les autorités catholiques de la province de Shandong, dans l’est de la Chine, préparent un séminaire sur la sinisation de l’Église en Chine, suscitant de nombreuses critiques au sein de la communauté catholique locale. L’Association patriotique des catholiques chinois (CPA) de Shandong et le Comité pour les affaires de l’Église de la province (CAC) organisent l’événement sur le thème « la théologie catholique enseignée dans une nouvelle ère ». Le père Peter, un prêtre local, explique que bien qu’il ignore les détails du programme, y compris le lieu et la date exacte, il pense que l’événement aura lieu à Jinan, la capitale de la province de Shandong, comme d’autres programmes précédents. Le 17 juillet, une note publiée par les organisateurs a demandé aux prêtres de préparer des enseignements liés à la sinisation des religions, sur le thème de l’interprétation de la foi et de la pensée catholique adaptée à la tradition et à la culture chinoise. Le message a été adressé aux neuf diocèses de Shandong. Le père Wei Lei, de son côté, prévoit de participer à l’événement. Il estime que la sinisation des religions est nécessaire.

« Après tout, nous sommes Chinois, et notre pays est différent, nous ne sommes pas des étrangers ; donc nous devons nous adapter à notre situation nationale », se défend-t-il. « Notre situation sociale nous pousse à accepter l’autorité du Parti communiste chinois. Afin de bien faire notre devoir, nous devons donc intégrer la foi dans la tradition culturelle chinoise. » Le père Peter affirme quant à lui que ceux qui participeront au programme sur la sinisation trahiront l’Église en y prenant part. « Je ne peux pas accepter l’autorité d’un parti athée, c’est absurde », explique-t-il. Le prêtre ajoute que le fait d’appeler les prêtres à intégrer la foi catholique dans la culture chinoise n’est qu’une façon de faire de l’Église un jouet entre les mains du Parti. Il ajoute que les chrétiens peuvent tout à fait accepter la peinture, l’architecture et la littérature chinoise comme des expressions de foi. Pourtant, il estime que les tentatives d’utiliser la culture traditionnelle comme outil pour interpréter la foi chrétienne sont destinées à renforcer la soumission de l’Église au Parti.

Une culture traditionnelle mêlant confucianisme, taoïsme et bouddhisme

Le père Peter explique que la culture traditionnelle chinoise est influencée par le confucianisme, le bouddhisme et le taoïsme. Selon lui, les enseignements de Confucius et de Lao Tseu invitent à la soumission du peuple envers leurs supérieurs et leurs dirigeants. « Peut-on utiliser un tel enseignement pour expliquer que la foi chrétienne soutient la justice, le témoignage de foi et la démocratie ? » demande-t-il. Le père Peter explique que Shandong est la ville d’origine de Confucius, et que l’Église locale en pâtira « si la culture traditionnelle, représentée par les enseignements de Confucius, est utilisée pour expliquer la foi catholique ». De son côté, le père Joseph, un autre prêtre de la province, ajoute qu’il est en colère à cause du rôle des organisateurs du séminaire. « L’Association patriotique des catholiques chinois n’est pas du tout un pont entre le gouvernement et l’Église. C’est une marionnette manipulée par le gouvernement », affirme-t-il. Avant l’arrivée du régime communiste, les missionnaires franciscains et du Verbe Divin ont dirigé l’Église dans la province de Shandong.

Le père Joseph explique qu’ils ont dirigé des séminaires, des écoles et des orphelinats, et qu’en publiant des livres et des journaux, ils ont eu une grande influence. Mais il ajoute que les évêques actuels ont été rendus obéissants envers le pouvoir central de Pékin, en participant même à des activités du Parti et en portant des vêtements aux couleurs du Parti pour les photographes. Le père Paul Chang, de la province de Hebei, affirme que depuis que le Parti est arrivé au pouvoir, l’Église de Shandong a poussé les catholiques à se faire les complices des fonctionnaires qui oppriment l’Église. Il cite notamment les exemples célèbres d’Anthony Liu Bainian, président honoraire de l’Association patriotique catholique chinoise, et de Mgr Fang Xingyao, évêque de Lynyi. Selon le prêtre, ils ont suivi les ordres du Parti en trahissant l’Église, notamment en célébrant et en participant à de nombreuses ordinations illégales. Zhang Qiang, un catholique de Shandong, affirme que le nombre de fidèles diminue dans la région, parce que selon lui, « les prêtres n’évangélisent pas ». « Chaque décès signifie un catholique en moins. Même le nombre de prêtres diminue », déplore-t-il.

(Avec Ucanews, Hong-Kong)

 

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