Eglises d'Asie

Une chaîne de télévision suspendue pour critiques envers la junte

Publié le 14/02/2019




L’ONG Human Rights Watch a réagi suite à la suspension de la chaîne Voice TV durant quinze jours, par la Commission nationale de l’audiovisuel et des télécommunications (NBTC). Selon HRW, la NBTC sert de plus en plus comme un outil de censure pour la junte militaire thaïlandaise, qui gouverne sous le nom de Conseil national pour la paix et l’ordre (NCPO). Bien que la junte ait levé l’interdiction sur les rassemblements publics et les activités politiques en décembre, autorisant les partis à faire campagne en vue des élections du 24 mars, les poursuites pénales sont maintenues contre les discours critiques envers la junte et la monarchie.

Le conseil supérieur de l’audiovisuel thaïlandais est critiqué pour avoir suspendu une chaîne de télévision dans le cadre des préparatifs aux élections générales prévues le 24 mars. La Commission nationale de l’audiovisuel et des télécommunications (NBTC) a annoncé, le 12 février, la suspension de la chaîne thaïlandaise Voice TV durant quinze jours, à compter du 13 février. La chaîne est accusée de troubler l’ordre public, d’inciter à la violence et de menacer la sécurité nationale, pour avoir accordé du temps d’antenne à des candidats critiques envers le gouvernement militaire thaïlandais. Voice TV est également accusée d’avoir diffusé des critiques envers la junte pour sa gestion des élections à venir et de l’économie du pays. « La suspension de Voice TV fait passer le message qu’il est interdit de critiquer le gouvernement militaire durant la campagne électorale », estime Brad Adams, directeur de l’ONG Human Rights Watch (HRW) pour l’Asie. « Les généraux thaïlandais montrent qu’ils n’ont pas l’intention de relâcher leur contrôle autoritaire sur le pays pour assurer des élections justes. » Voice TV est visée par la censure et les sanctions plus que toute autre chaîne de télévision dans le pays, depuis le coup d’État de mai 2014 qui a amené la junte au pouvoir, ajoute l’ONG sur son site web.

Les autorités ont suspendu la chaîne durant 26 jours en 2014 et 7 jours en 2017, et elle a reçu l’ordre de retirer certains programmes à 17 reprises. Le 11 décembre, la junte, qui gouverne sous le nom de Conseil national pour la paix et l’ordre (NCPO), a levé l’interdiction sur les rassemblements publics et les activités politiques, autorisant les partis à faire campagne pour un siège au parlement. Pourtant, elle a maintenu les poursuites pénales contre les discours critiques envers la junte, sa politique et ses actions, ainsi que les critiques contre la monarchie. L’avis 97/2014 délivré par le NCPO interdit les « critiques contre le travail de la junte » et la diffusion des « informations qui peuvent porter atteinte à la sécurité nationale, troubler l’ordre public et inciter aux conflits dans le pays ». Cet avis oblige également tous les médias à diffuser les informations publiées par la junte. L’avis 103/2014 interdit la diffusion de toute information ou publication que les autorités considèrent comme « déformée volontairement afin de provoquer la confusion du public, affectant la sécurité nationale ou l’ordre public ». La Commission nationale de l’audiovisuel et des télécommunications est devenue le premier outil de censure de la junte, affirme HRW. « Les élections thaïlandaises ne seront pas considérées comme crédibles si les médias sont bridés et que tout commentaire contre le régime militaire est interdit », ajoute Brad Adams. « Le gouvernement doit immédiatement soutenir la liberté d’expression des médias en renonçant à la suspension de Voice TV et à toute autre tentative de faire taire cette chaîne ou tout autre média critique envers la junte. »

(Avec Ucanews, Bangkok)


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