Eglises d'Asie

La feuille de route du Saint-Siège contre la traite des personnes

Publié le 28/02/2019




Le 17 janvier dans la salle de presse du Saint-Siège, la section Migrants et Réfugiés du dicastère pour le Développement humain intégral a présenté deux documents importants qui résument la ligne de conduite du Vatican pour lutter contre toutes les formes de trafic. Un premier document d’une quarantaine de pages, qui donne quelques orientations pastorales sur la traite des personnes, doit paraître ces jours-ci dans sa version française. Le second document recense les prises de parole du pape François sur la les migrations et sur l’exploitation des personnes les plus vulnérables.

Parmi les deux documents présentés en janvier dans la salle de presse du Saint-Siège, figurent « Les orientations pastorales sur la traite des personnes », un document de 36 pages explicitement consacré au trafic humain et aux moyens de le combattre, et un volume de textes du pape François intitulé « Lumières sur les chemins de l’Espérance », qui recense toutes les prises de paroles du pape sur la thématique des migrants – discours, homélies ou appels lors des Angélus. Le premier document analyse d’abord les causes de la traite humaine, les moyens de la reconnaître et ses différentes expressions, que ce soit dans le monde économique ou dans les migrations, et indique les réponses préconisées par l’Église pour combattre ce fléau. La lutte contre la traite des personnes est un thème cher au pape François, explique ce document qui rappelle notamment le discours du Saint-Père devant les Nations-Unies, prononcé le 25 septembre 2015, au cours duquel il affirmait que « les traites d’êtres humains, le commerce d’organes et de tissus humains, l’exploitation sexuelle d’enfants, le travail esclave – y compris la prostitution –, le trafic de drogues et d’armes, le terrorisme et le crime international organisé » ne peuvent se combattre que par « des engagements assumés solennellement ».

Marchandisation du monde

Par conséquent, ces orientations pastorales ont pour objectif de proposer une clé de lecture de la traite et une compréhension de ce mal, afin de lutter contre ce fléau de manière durable. Ce document est le fruit d’un travail de deux ans de la section Migrants et Réfugiés du dicastère pour le Développement humain intégral. La mission de ces orientations, rappelle le document, est de fournir de l’aide aux évêques qui sont confrontés à la prise en charge des personnes victimes de traite, et à tout comme ceux qui sont engagés dans l’accueil des migrants et des réfugiés. Ce document de synthèse est désormais à disposition des Églises locales, paroisses et congrégations religieuses, mais aussi des écoles et universités. Parmi les causes mises en évidences pour expliquer la traite, figure en particulier le phénomène de marchandisation et d’exploitation, qui n’épargne aucune région du monde. « Ils sont la manifestation de systèmes et de pratiques sociaux, culturels et économiques immoraux » peut-on lire. « Notre monde connaît dans le même temps une croissance de l’individualisme et de l’égoïsme, attitudes qui tendent à considérer les autres dans une vision purement utilitariste » précise encore le document.

Changer la société

Une délégation de la FABC s’est rendue dans les camps Rohingyas de Cox’s Bazar, au Bangladesh, du 11 au 17 février.

Si la société veut se débarrasser du fléau de la traite humaine, alors elle doit changer, souligne encore ce guide, qui note que chacun est invité à « simplifier ses besoins, contrôler ses propres habitudes et mettre un frein à ses appétits ». Dans ce contexte, il est essentiel de protéger la dignité de la personne humaine en lui offrant de réelles opportunités de développement intégral. Si l’on évoque beaucoup les « trafiquants » dans les débats publics, le document met aussi l’accent sur la nécessité d’identifier les « consommateurs », et la « demande » qui est inséparable de « l’offre », pour reprendre des termes économiques. Ici, le document donne en exemple les multiples formes d’exploitations économiques comme les ouvriers agricoles ou encore la prostitution. Pour réduire cette « demande », il est donc nécessaire de renforcer la responsabilité et de condamner toute la chaîne d’exploitation. Dans ces orientations, le dicastère pour le Développement humain intégral émet des suggestions pour répondre concrètement au fléau de la traite. Il invite par exemple les États à ne pas hésiter à criminaliser les clients de la prostitution. Ils devraient en outre promouvoir plus de campagnes de sensibilisation sur les conséquences pénales de la traite, que ce soit au niveau national ou international.

 

Des personnes invisibles

Mais derrière les préconisations, le document admet la difficulté de reconnaître les formes d’exploitation ou de traite, pour la simple raison que les victimes sont pour la plupart du temps invisibles. C’est le cas notamment des enfants, mais aussi de nombreux jeunes, happés par les formes de harcèlement en ligne et pris dans les griffes de la réalité virtuelle. « Malheureusement, les victimes sont souvent manipulées et piégées dans des schémas psychologiques qui ne leur permettent pas de fuir » regrettent les auteurs du document. Le dicastère rappelle aussi l’importance d’éduquer les jeunes à vivre une sexualité responsable, où la fidélité dans le mariage est pour la vie, et à montrer un respect pour les autres dans l’utilisation d’internet. Les catholiques, poursuit le document, « devraient s’engager personnellement » pour sensibiliser et éduquer les plus jeunes afin de combattre la traite de façon plus efficace.

Responsabilité des entrepreneurs catholiques

Dans son message aux dirigeants du Forum économique mondial du 23 janvier 2018, le pape François expliquait que « les modèles économiques doivent respecter une éthique de développement intégral et durable, basé sur des valeurs qui mettent au centre la personne humaine et ses droits ». Le document du dicastère rappelle ici la doctrine sociale de l’Église sur le travail et les enseignements du pape argentin en particulier, qui dénonce souvent « la culture du déchet » dans ses aspects économiques. Le guide met ainsi en garde contre la généralisation des biens produits « à bas coût », devenus un modèle économique quasi-universel. Il est également mentionné ici la responsabilité des entreprises dans l’information des consommateurs, et tout particulièrement des entrepreneurs catholiques « qui doivent mettre en pratique les enseignements de l’Église », en assurant des conditions de travail dignes à leurs employés.

Limiter les migrations forcées

L’accent est également mis, bien entendu, sur l’exploitation des migrants et des réfugiés, souvent condamnés à des tâches ingrates, rémunérés de façon indigne et parfois victimes des violences par des employeurs peu scrupuleux. Le dicastère revient ainsi sur la nécessité de prévenir les migrations forcées qui arrachent de nombreuses personnes à leurs terres d’origine. « Pour éviter que les personnes tombent dans les mains de trafiquants, il faudrait garantir en premier lieu qu’elles ne soient pas obligées de quitter leur terre. La prévention la plus radicale est donc de leur assurer le droit de pouvoir rester sur leur lieu d’origine » peut-on lire. Pour enrayer ces nombreuses formes de traite humaine, le Saint-Siège encourage donc une meilleure coopération internationale, un meilleur partage des informations entre les États. Des efforts sont enfin à mener à l’intérieur même de l’Église pour lutter plus efficacement contre la traite, comme une collaboration plus étroite entre les conférences épiscopales. Enfin, un effort est à faire pour une meilleure prise en charge des victimes et une protection renforcée, demande le dicastère qui plaide pour leur réinsertion réelle dans la société.

(Avec Vatican News / Olivier Bonnel)


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